20.10.2005

Conglomérat; Sejuj 3

Finalement son arrêt arriva et il descendit du transport en compagnie du modèle de ce que la société voulait. Heureusement, Sejuj était en réunion spéciale ce matin là, il pu donc, dès l’ascenseur, prendre congé de Wallberg. Ils échangèrent des salutations qui parurent chaleureuses aux yeux du grand gaillard puis leurs chemins se séparèrent.

                La tour d’Auroracom était une des plus haute de la ville, mais même à cela, on ne pouvait voir du dernier étage que des successions de toits. La mégalopole d’Aurora, la capitale des États-Unis d’Amériques. La plus grande ville de la planète avec ses 160 millions d’habitants. Elle s’étendait de l’ancienne Ville de Montréal jusqu’à l’ancienne ville de Washington, c’est pourquoi elle était naturellement devenue la capitale de la partie américaine de l’Alliance. Si Sejuj pensait à toutes ces choses, c’est que lui même, aujourd’hui, montait au plus haut étage de la tour d’Auroracom pour rencontrer son frère, le président de la compagnie. Une voix douce mais synthétique lui souhaita la bienvenue et la porte s’ouvrit. Il pénétrait dans le grand bureau du 215e étage. Petit et trapu, son grand frère était là, l’attendant à son bureau de simili acajou, les mains posées sur un paquet de micro-dossiers, fixant devant lui de ses yeux bleus l’endroit ou se tenait Sejuj.

                -Je vois que tu es en retard comme toujours, dit Drof en guise de parole d’accueil.

                -Je ne saurais te surprendre cher frère, répliqua sur un ton sec Wallberg qui en répondant s’avançait et prenait place dans un des fauteuils en synthéti-cuir sans attendre d’y être invité. Son frère le regardait d’un regard qui en disait long sur le peu d’estime qu’il accordait à celui qui avait un jours été son meilleur ami.

                -Tu sais pourquoi je suis ici, commença à dire Sejuj, tu sais que je ne peux pas faire cela à ces gens-là, eux aussi ont leurs familles, eux aussi ont leurs gosses à nourrir et toi tu voudrais les jeter à la rue comme si c’étaient de simples rebus, comme si ils méritaient réellement d’être des Selas.

                Son frère garda le silence puis soupira avant de répondre: Tu sais, ils savaient ce qu’ils faisaient, ce n’étaient pas des nouveaux venus, ces gars là, surtout Ricky. Ils connaissaient leur job, ils savaient très bien ce qu’ils pouvaient faire et ce qu’ils ne pouvaient pas. Ils ont consciemment décidés de ce qui leurs arrive et ce n’est sûrement pas tes larmes de crocodiles domestique qui me feront changer d’avis. Nous en avons déjà parlé, il ne s’agit pas uniquement de ce cas précis et d’eux, il s’agit de l’avenir de tout Auroracom et de ces centaines de milliers de travailleurs. Que feraient-ils eux, si le conseil des Oligarches nous enlevait notre licence d’exploitation, comment pourrais-je l’expliquer à toutes ces familles qui se retrouveraient sans emplois parce que des impertinents ont crus bon de tenter de sabrer le mince équilibre qui nous sépare de l’anarchie? Tu vois (et il repartit dans son fameux discours que Sejuj avait entendu des dizaines et des dizaines de fois), gérer une compagnie est un travail des plus difficile qui ressemble un peu au travail d’un père de famille. Même le plus juste des pères doit parfois prendre des décisions qui ne l’enchantent pas mais qui sont pour le bien de sa famille. Bien sur les enfants rouspéteront, mais il en va de leur propre bonheur, se dit le père.

                - Tu peux abréger, je l’ai entendu des dizaines de fois ton discours, rétorqua impoliment Sejuj ce qui eut pour effet d’attiser la colère qui somnolait dans le crâne de Drof; une colère de tant de déceptions.

À suivre ...


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