06.10.2005

Conglomérat; Sejuj 2

 Le véhicule ralentit puis s’arrêta. De nouveaux voyageurs, comme lui des classes E, des Epsons, embarquèrent en file dans l’oasis aseptisé qui les transporterait jusqu’à leur lieu de travail. Il reconnue dans les arrivant un grand bonhomme, habillé selon la dernière mode, des pantalons sportifs qui se changeaient en pantalon d’extérieur lorsqu’on pressait sur la griffe. Son nom,  Wallberg. Ce nouveau venu était autre employé de la firme ou il bossait. Sejuj feignant de ne pas le voir, détourna ses yeux vers un des murs de l’autobus. C’est-à-dire qu’il posa son regard sur un des écrans comme le faisaient les autres passagers qui ne travaillaient pas sur leurs ordinateurs de bras. On y passait un reportage sur les vertus de la crème à main Kolston; « Kolston la crème qui fait de vous l’homme le plus populaire de votre entourage ». Quel slogan débile. Sejuj n’en pouvait plus des piaffements de l’animatrice, tout ce qu’il voulait, c’est d’être loin, loin de cette ville, de ce bruit, il voulait le silence et la paix. Il voulait pouvoir regarder dans le vide et ne penser à rien si ce n’est qu’à la bière froide qui coulerait tel un sirop miraculeux dans son gosier.  En même temps il ne le pouvait pas. Qu’aurait-il fait? Il aurait voyagé, trouvé l’âme soeur sur une île lointaine, changé son nom, élevé sa famille tranquillement. Tout, sauf être ici, dans ce bus en direction du bureau. Mais ailleurs, étais-ce réellement mieux?

 Il risqua un coup d’oeil sur sa droite et remarqua que Wallberg se dirigeait vers lui avec son grand sourire habituel qui énervait tant Sejuj. Sejuj n’avait plus d’autres choix que de feindre l’étonnement.

                -Tiens Wallberg, je ne t’avais pas vu! Tu es embarqué il y a longtemps? Tu sais j’était tellement captivé par ce reportage sur cette nouvelle crème, tu sais la, il marqua une hésitation puis retrouva le nom de la marque, Kolston, oui c’est ça, comme j’aimerais en avoir moi aussi, j’étais tellement absorbé que je ne t’ai même pas vu entrer.

                Wallberg prit place à côté de Sejuj et commença un long monologue sur les différentes crèmes qu’il avait essayé, sur les qualités et les défauts de chacune, s’éternisant sur le prestige supposé que donnaient chaque crèmes à celui qui les utilisait. Parce que tout le monde sait si on prend soin de son corps ou non. Lui d’ailleurs n’utilisait que la crème Kolston, non pas parce qu’il voyait ce reportage à tout les jours, non lui il était libre de juger ce qu’il achetait ou non, mais parce que c’était la seule qui convenait à son type de peau. Wallberg avait le don de toujours trouver quelque chose à dire de plus insignifiant que lui-même, tout le monde l’aimait sauf Sejuj qui rêvait de tranquillité pour penser. Lui, il était incapable de parler de ces futilités qui semblaient passionner ses concitoyens. Avec l’âge et la pratique, il avait si bien développé l’art de la fonction phatique qu’il pouvait donner l’impression d’être passionné par n’importe quel locuteur, même le plus ennuyant comme ce Wallberg, tout en pensant à milles autres choses; comme à ce qu’il l’attendait au bureau et aux gens qu’il devrait mettre à la porte, à ces familles qui dégringoleraient l’arbitraire échelle de la société, alors que des cancers du type de Wallberg continuaient à se multiplier dans toutes les tours du district de travail.

Commentaires

C'est dont bien bon!!!
wow.

Écrit par : élie-gen | 09.10.2005

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